Président, comment choisir le meilleur ?

Nos élus ne sont pas choisis pour leurs capacités à bien gérer nos affaires. On doit penser à d’autres façons de sélectionner les talents appelés à nous gouverner, à bien décider lors de graves circonstances.

L’Institution dite « nation française » a un équivalent-chiffre d’affaires de 300 milliards d’euros. Belle entreprise, parmi les premiers pétroliers mondiaux. Être la mieux gouvernée, telle est l’ambition de toute société sous le regard des autres, classée au monde en fonction de ses capacités à s’inscrire dans une démarche de progrès universel. Comment ? En sélectionnant les meilleurs candidats à partir de critères rigoureux de formation, de compétence, d’expériences.

S’il est une organisation dont l’extrême qualité de la gouvernance s’impose, c’est bien celle de la nation française. Cependant, la sélection des meilleurs candidats pour s’y employer est établie à partir de critères qui relèvent de tout, sauf du principal. Ainsi, tel homme gagne après une partie de chausse-trappes dont le paraître occupe 90 % du succès : 50 % pour la gestuelle et 40 % pour l’intonation du verbe. Le contenu de ce dernier est accessoire. L’intelligence de la décision et le courage de la prendre ne font pas partie du processus de sélection.

Ce faisant, à des moments clés de notre Histoire, l’une et l’autre font défaut. Elle nous enseigne que bien des désastres ont été le fait de mauvaises décisions, prises aux mauvais moments, par des dirigeants impréparés à des échéances dramatiques. Un chef d’État entre les mains d’un entourage hargneux nous entraine dans le fracas du désastre de 1870. Un président du Conseil d’apparentes qualités ne fait pas le poids face aux évènements qui le dépassent en 1940. Il devient par défaut l’un des catalyseurs d’une explosion cataclysmique à 80 millions de morts. Et la litanie de telles insuffisances est bien longue. Il est avancé que nous pourrions être une espèce répétitive en ce qui concerne nos erreurs*…

Depuis plus de deux mille ans, la gouvernance d’État pose problème. Des montagnes d’ouvrages sur le sujet encombrent les bibliothèques. Les avis des plus « éminents » constitutionalistes alimenteraient une encyclopédie ad hoc. Le constat est lumineux, partagé par tous les politologues. Et plus encore par les opinions publiques qui se succèdent, leur amertume renouvelée : notre système de sélection est inefficace. Il faut remettre en cause la procédure de qualification du chef de l’État.

Or, déjà l’actualité s’empare de la prochaine échéance présidentielle. Les partis entrent en état de fébrilité maximale. Comment placer son représentant sur la meilleure ligne de départ ? À quel endroit, et à quel moment ? Dans quelles conditions ? Tels sont les évènements qui vont encombrer les ondes et les colonnes des journaux tout au long des quatre années qui s’annoncent. Sans que l’on perçoive si faire ainsi nous assure d’un bon choix final.

Aujourd’hui, les partis sont maîtres des lieux. Un candidat émerge à l’issue de circonstances fluctuantes, qui mettent en exergue ses capacités à promouvoir des intérêts doctrinaires. Mêmes causes, mêmes effets. De mauvais résultats !

Transposons par pur exercice intellectuel le mode se sélection des dirigeants d’entreprise à notre Institution. Voici  une structure organisée dont l’objectif est de produire des services, qui dispose d’un budget, et de personnels qui y concourent. L’organisation s’appuie sur une cellule en charge de trouver le meilleur président pour conduire le navire à bon port, au milieu des récifs et tempêtes quotidiennes. Sa mission est de révéler les traits essentiels des candidats, pouvant laisser entendre qu’ils réagiraient de telle façon dans telles circonstances. En bref, qu’ils seraient proches du « plus haut plafond des compétences » pour bien réagir en cas de coup dur. Pas facile. Comment imaginer qu’un homme normal ne soit pas perturbé dès qu’il entre dans une bulle où tout est organisé à son insu, planifié, éthéré. On attend de l’homme d’État « une faculté supérieure à la faculté de résistance de tous les autres. Il faut qu’il manifeste, à lui tout seul, plus d’énergie que la terre tout entière. »**  Qu’il transcende le temps, aguerri contre les lobbies et l’évanescence du fait divers. Et qu’il sache s’entourer. La compétence des ministres est bornée par celle du président. Logique, pour ne pas susciter d’ombrage. Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert, vous n’étiez pas des êtres suprêmes, mais vous avez fait de la France le phare du monde !

L’entreprise sait comment rechercher les meilleurs, par évaluation comparative des performances (benchmarking). C’est son pain quotidien. Et ça marche. Inspirons-nous de ses capacités.

Parmi les attributs demandés, une qualité suprême s’impose, justifiée par des siècles d’observation : l’exemplarité. Sans elle, les plus grandes compétences font long feu. Elle est le catalyseur de la bonne gouvernance. Sur cet aspect, la lucidité populaire est surprenante : « La foule perce à jour même ce qui semble enfoui très profondément chez les hommes politiques, leurs caractères, leurs intentions, leurs actions et leurs vies, et ce n’est pas moins pour ses habitudes privées que publiques qu’elle aimera et admira l’un, comme elle repoussera et dédaignera l’autre. » (Plutarque, Conseils aux politiques pour bien gouverner). Prêcher par l’exemple, telle est la vertu des dieux. Cette modestie coutumière est capitale. L’attitude du président se transpose dans la vie citoyenne. La neuroéthique enseigne que le comportement d’autrui modifie le génome de celui qui observe. À chaque instant, nous façonnons les générations en devenir. De Gaulle, Pape François et Angela Merkel répondent à l’engagement de Rousseau (Julie et la nouvelle Éloïse) : « Proposons de grands exemples à imiter, plutôt que de vains systèmes à suivre. » !

Peut-on imaginer de faire « éclater les lignes », en faisant abstraction des contraintes psychologiques qui entourent ce délicat sujet ? Ainsi, étendre la prospection à l’extérieur de nos frontières, à l’image des institutions internationales qui nous gouvernent ? Supposons qu’il soit proposé à nos concitoyens d’élire la chancelière allemande à la tête du pays, en concurrence avec d’autres profils « bien de chez nous ». Que pensez-vous qu’il adviendrait ?

On peut aussi s’interroger sur les façons de décider. À mille lieues des chicaneries de bas étage que l’on observe partout dans le monde gouvernemental, des formes plus appropriées à l’esprit humain devraient aujourd’hui prévaloir. Ainsi, la procédure en vigueur au CERN conduit au choix qui émerge des échanges. Un seul objectif : être le plus conforme à l’intérêt général. La raison prévaut sur le nombre.

La mise en pratique du projet pourrait reposer sur une entité supérieure, dans l’esprit du Conseil des sages du Global Elders (créé par Nelson Mandela, qui réunit 1 000 ans d’expérience collective). Il valide par défaut les candidats qui semblent convenir. Aucun engagement n’est pris à cet effet. Il s’agit simplement d’une procédure de projection aux moindres risques, prise à partir des éléments connus à telle date. Les citoyens, actionnaires de leur futur dans le présent cas, choisissent parmi les postulants. Où d’autres qui ne sont pas préconisés. Et en assument les conséquences.

Il faut aujourd’hui quitter les archaïsmes de la gouvernance des nations, qui manifestement sont d’un autre âge. Sans avoir la naïveté de croire que la quête du Graal soit sans embuches, il nous faut oser en la matière. À défaut, chacun d’entre nous, par une compétence et une lucidité accrues qui s’alimentent du savoir généreusement répandu, choisira la démocratie directe sur la Toile pour faire prévaloir ses choix. Et l’on sait que le pouvoir du nombre supplante tous les autres !

Michel Le Net*

*Collectif République exemplaire.

Auteur de La Communication politique  (La Documentation française), L’État annonceur (Les Éditions d’organisation),  La Communication gouvernementale (Éditions Icos)…

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*Kathinka Evers, dans Neuroéthique, Odile Jacob.

**De Gaulle, dans  En écoutant de Gaulle, Claude Guy, Grasset.

Le Collectif République exemplaire réunit de hauts dirigeants sans appartenance politique déclarée.

 

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