La France au bord du volcan, ou les ravages du déni de réalité

Caroline Galactéros

Conseil en intelligence stratégique

Collectif République exemplaire

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La mèche du bâton de dynamite se consume. Une à une, tels  les piliers d’un pont, les barrières mentales républicaines sautent dans les esprits exaspérés d’une frange grandissante de nos concitoyens, pigeons ou moutons, avec ou sans bonnets rouges. Chaque jour s’installe un climat politique et social plus délétère que la veille. Les termites sont à l’œuvre, les loups en embuscade : l’image inspirerait un conteur talentueux. L’abaissement tous azimuts de l’image globale du pays est la seule chose qui semble se consolider inéluctablement. L’exode malheureux des talents et des ambitions se poursuit ; pire, c’est une génération entière de jeunes gens qui désormais conçoit tout naturellement ses études et son avenir hors de France.

Du côté du « pouvoir » et de la majeure partie des médias, on déplore l’impuissance du politique, on fait mine de ne pas comprendre le désamour populaire pour des élites recluses dans un carcan doctrinaire à mille lieues de la réalité vécue par les Français, patrons ou employés, classes moyennes ou « supérieures », nanties ou moins privilégiées… On ne parvient même plus à faire mentir  les sondages. On s’indigne, on se récrie, on ne comprend pas la ferveur grandissante pour le populisme d’extrême droite ou gauche, on pleure le consensus national enfui, le socle des valeurs républicaines qui se dissout en poudre fine…

Comment est-ce possible ? Qu’a-t-on, Diable, fait pour cela, alors que les têtes pensantes de l’État s’échinent en apparence à promouvoir l’égalité (car l’équité est un gros mot), la parité, à corriger les « injustices », à protéger la veuve et l’orphelin contre les infortunes du marché maléfique ? Ce doit être que  l’Enfer est pavé de bonnes intentions. Cela n’a certainement rien à voir avec la gabegie publique, l’entropie administrative, l’auto entretien de privilèges extravagants par l’appareil d’État et ses excroissances publiques, à l’heure de la confiscation fiscale des efforts des contribuables et de la supposée disette budgétaire qui a tout d’une Arlésienne.

Pourtant, nul mystère à cette déconfiture qui fait le bonheur de nos concurrents/partenaires à travers le monde, heureux de voir la morgue française devoir en rabattre et l’État se débattre dans une quadrature du cercle qu’il a lui-même échafaudée. Tout en prétendant donner des leçons d’intelligence politique et d’idéalisme, en confondant, de Damas à Sotchi, politique étrangère et politique humanitaire, ingérence dans les affaires d’un Etat souverain et promotion lumineuse de la démocratie urbi et orbi, etc.

La « peste » qui infeste et détruit l’idée républicaine a pourtant un nom  sans équivoque : le déni de réalité. Et une méthode, invasive : le grignotage permanent et inconscient de l’idée de Nation au nom d’un communautarisme qui ne rampe plus et d’un égalitarisme sot. Les riches contre les pauvres, Les homosexuels contre les familles, les coupables contre les victimes, les « fraudeurs » contre les braves gens, la culture contre la nature. Chaque jour germe une idée nouvelle pour diviser la République, creuser les perceptions, monter les uns contre les autres, servir la soupe aux utopies socio-économiques nationales antédiluviennes que la réalité mondiale quotidienne dément pourtant avec éclat.

Quelques évidences désagréables aux oreilles abstraites et dogmatiques de nos technocrates maison méritent sans doute d’être rappelées. Appauvrir les riches n’enrichit pas les pauvres ; niveler l’école par le bas ne produit pas plus de cerveaux mais brise simplement l’exigence d’une transmission ambitieuse des savoirs au plus grand nombre ; fragiliser le socle de la famille traditionnelle en la coupant de la différenciation sexuelle qui la fonde de toute éternité ne saurait contribuer à la renforcer ; abattre les frontières de l’Europe ne lui confère pas pour autant une cohésion interne.

L’emploi ne se décrète pas plus ; c’est un environnement, une atmosphère, une valorisation de l’entreprise et de la production de richesses qui peuvent modifier la donne et enclencher une dynamique vertueuse source d’emploi. Il faut dédiaboliser la figure de l’entrepreneur, petit ou grand, et admettre sans trembler que l’on travaille aussi pour gagner de l’argent et profiter du fruit matériel de ses efforts. Celui qui abandonne déjà aux catégories de la population dont le labeur est moins valorisé, une part importante du fruit de ses propres efforts, fait du bien à la Nation et à la République et ne répare là aucune faute ou « tâche originelle ». Bref, le riche n’est pas méchant ni coupable ; Il ne vole pas ses gains, prend des risques, travaille le plus souvent sans filet et pourtant accepte volontiers d’être généreux et solidaire tant que l’on ne prétend pas le punir de sa réussite en le tondant à outrance sans même une caresse sur l’échine. Ne pas oublier que le mouton a quatre pattes et peut aussi s’en servir pour aller voir si l’herbe ne serait pas plus verte ailleurs !

Bref, l’usage du raisonnement « par principe »,  coupée de toute observation pratique de la complexité et de la diversité des situations est proprement irresponsable. La France ressemble de plus en plus à une gigantesque termitière. Dans chaque trou, chaque flaque, des idées absconses font leur chemin et leur œuvre, et les loups de l’extrémisme politique en embuscade se lèchent déjà les babines.

Il est encore temps de stopper l’abaissement, de « penser à l’endroit », de retrouver bon sens et raison, d’abandonner le sectarisme d’une pensée économique et sociale absurde qui fait le jeu de tous les corporatismes et d’un communautarisme criminel ! Si ce sursaut de lucidité ne vient pas très vite de la tête de l’État, nous n’aurons bientôt plus le choix qu’entre des retours de bâtons extrêmes ou la poursuite d’une fuite en avant qui nous ruinera sans rémission possible. La France ou ce qu’il en restera alors sera à vendre … par appartements.

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