La République dans les sables mouvants

 Paul Bernard
Préfet de région honoraire
Collectif République exemplaire
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Les élections sont un salutaire révélateur des réalités ignorées par ceux qui se laissent aveugler par les lumières éphémères, de même que par les sourds qui n’entendent plus le tintamarre ambiant. Un célèbre tableau de Goya, visible au musée du Prado à Madrid, montre de minables combattants qui ne ménagent pas leurs coups de bâton pour s’entretuer, mais dont le moindre effort les enfonce davantage, l’un et l’autre, déjà jusqu’aux genoux, dans les sables mouvants. C’est une image actualisée de notre combat infantile entre la droite et la gauche. On peut même imaginer que pendant ce temps, la grosse caisse médiatique excitait les voyeurs malsains face aux protagonistes emmêlés. Chacun se demande qui va gagner, alors que les deux vont périr.

Ces acrobates interchangeables symbolisent les formations partisanes auxquelles ils appartiennent. Dans ce combat stérile, privé de victoire et voué à la mort, les opposants entraînent dans leur chute les intérêts de chaque camp. Ainsi, dans notre France millénaire, les dirigeants ont perdu leur point d’appui démocratique et le pays s’enfonce dans ce marécage visqueux qui ne laisse apparaître à la surface que la partie visible d’une dette publique monstrueuse, de déficits abyssaux et d’un chômage mortifère. La solution hémiplégique opposant un camp contre l’autre a fait ses preuves et ne peut qu’aggraver le mal français. En effet, alors que 92 % des Français ont retiré leur confiance aux partis de droite ou de gauche, ceux qui parviennent à surnager au gré des échéances électorales ne peuvent compter que sur la confiance de 20 % des citoyens, une fois comptabilisés les voix du  premier parti abstentionniste et les choix extrémistes ou anti système.

Il est urgent pour les gouvernements de retrouver, au-delà de la vase politicienne, les seuls points d’appui que constitue l’assise rocheuse des citoyens. Lorsque la crise sévit dans toute sa gravité et menace les équilibres vitaux de la nation, c’est l’heure du rassemblement républicain qui seul permet le redressement par la politique des réformes. Or cette politique, pour aboutir, doit être portée par la confiance de 60 % des citoyens, et non par des majorités factices entretenues par la complicité des commentaires médiatiques.

L’union nationale des citoyens, et non des clans partisans, que d’autres pays appellent la grande alliance, exprime tout simplement l’intelligence de la res publica. Quelques priorités bien ciblées, un programme calibré dans le temps et dans les chiffres, une équipe gouvernementale de quelques serviteurs de la nation, prêts à s’engager pour une durée limitée, voilà ce qui peut servir de ciment à une construction démocratique de nos jours. Certes dans un deuxième temps, les partis politiques une fois rénovés devront inventer de nouvelles façons de servir la nation.

Aujourd’hui, toute formation partisane ne peut proposer qu’une politique rabougrie à ses propres dimensions. Seul le peuple, en tant que corps constitué de la souveraineté nationale, peut prendre l’orientation d’un tel programme exigeant par la voie du référendum, qui fait peur à juste titre aux profiteurs du système délabré. Or c’est probablement le moyen d’enrayer le glissement vers la grave rupture du régime politique lui-même.

Les dirigeants gouvernementaux actuels devraient prendre l’initiative de ce salutaire et inévitable changement de cap. Faut-il rappeler que la Constitution de la Ve République, qui a surmonté tant d’épreuves depuis plus d’un demi-siècle, a été élaborée en trois mois (juin-septembre 1958), par une équipe légère, enthousiaste et irréprochable, et enfin proposée au peuple français qui l’a adoptée à 80 %.

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