Le Peuple : qui est-il ? Que veut-il ?

Paul Bernard
Préfet de région (h)
Collectif République exemplaire
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« Je ne me dispute jamais sur les mots, pourvu qu’on m’avertisse du sens qu’on leur donne ». Cette confidence ironique de Pascal est une mise en garde pour quiconque évoque le nom de peuple. Pour ceux qui commentent l’actualité politique sans prendre de responsabilité directe, le peuple apparaît comme une abstraction offerte à toutes les élucubrations. Pour d’autres qui militent sur le terrain électoral, le peuple est un fonds de commerce présentant des réserves de voix. Par contre ceux qui ont servi l’intérêt général sur le territoire au milieu de la population connaissent les multiples visages de leurs compatriotes.

Comment pourrait-on admettre que la Constitution de la Ve République nous tromperait en affirmant que  « le principe est : le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». En fait le peuple c’est le corps vivant de la nation, un être politique, différent d’une foule. C’est une humanité assemblée. La démocratie lui donne le pouvoir et la République lui permet le rassemblement.

Le peuple ne peut se définir que par les composantes vivantes qui l’animent. Le peuple est essentiellement diversité et reflet d’une société humaine. Ce sont les silencieux et les sans  grade, dont on peut établir une liste à la Prévert. Les citoyens, les électeurs, les contribuables ; les élus politiques, notamment les maires,qui sont ses représentants et ses serviteurs ; les chefs d’entreprise, artisans, commerçants, agriculteurs ; les syndicats d’employeurs et de salariés ; les fonctionnaires de l’État, des collectivités locales, des hôpitaux ;les universitaires et enseignants ; les chefs de famille et parents ; les professionnels, médecins, ingénieurs, journalistes ; les sportifs et athlètes de haut niveau ; les étudiants et les apprentis ; les innombrables bénévoles ; les retraités, etc.

Ensemble ils constituent une réelle majorité dont l’exemple moral mérite considération et confiance. Au fond ne serait-il pas plus normal de désigner ces citoyens, non plus comme des êtres anonymes, mais comme des acteurs bien vivants et reconnaissables, constituant l’armée des honnêtes gens,qui font tout simplement leur métier. 

Ce peuple, de toutes les couleurs, que veut-il ? Montesquieu a eu raison de dire qu’il était doué pour choisir ses représentants mais non pas pour décider. Toutefois il souhaite légitimement de ne pas être trahi, c’est-à-dire que les délégués ne prennent pas le pouvoir pour eux  seuls ou le laissent récupérer par les partis politiques. De plus le peuple doit essentiellement pouvoir décider sur les grandes options vitales de la nation, dans l’esprit du suffrage universel, de l’élection présidentielle et du référendum. Si les politiciens s’imaginent calmer son énergie par le cadeau périodique de l’élection, ils se réservent la surprise de voir exploser la colère des citoyens trompés, car comme les êtres humains, les citoyens sont capables du meilleur et du pire.

Le peuple des citoyens est d’ailleurs en mesure de fixer le cap de l’avenir de la nation. Par exemple, en 2005, une forte majorité du peuple, de toutes tendances, a rejeté expressément le référendum sur un nouveau traité européen qui leur était proposé de façon curieusement unanime par tous les partis politiques et par tous les organes médiatiques. Mais comme les représentants du peuple sont animés par la méfiance à l’égard du souverain, ils se sont empressés de lui retirer à l’avenir ce pouvoir de choix et ce droit d’intervention.

Il reste une énigme : pourquoi et comment ces honnêtes citoyens peuvent-ils donner et même redonner leur confiance à des candidats suspects d’immoralité et parfois même condamnés ? C’est le cœur du combat permanent pour la démocratie !

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