République exemplaire : état d’esprit et esprit d’État

Rémy Pautrat, Haut fonctionnaire (r), et Jean-Luc Vannier, psychanalyste
République exemplaire
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  La mise en examen d’un ancien président de la République, présumé innocent jusqu’au verdict de son procès, ne devrait en aucun cas servir à une diatribe accusatrice, politique et ad hominem, contre les juges en charge du dossier : cela ne sied guère, dans une démocratie qui se respecte, à la dignité du statut présidentiel et au bon fonctionnement de la justice elle-même. A fortiori lorsque l’ancien locataire de l’Élysée dissimule à grand peine ses ambitions de revenir hanter les lieux. Bienvenues, les mises au point d’un ancien Premier ministre de l’UMP et du président du Conseil constitutionnel consolent des coups portés à l’« exemplarité » républicaine.

  Il serait néanmoins erroné d’incriminer le seul ancien chef de l’État pour son attitude. Celle-ci est devenue, au fil d’une Ve République finissante, le mode usuel de comportement des leaders politiques : au nom de leurs pouvoirs décisionnels soutenus par le suffrage populaire dont ils pervertissent la valeur de représentance, ces derniers croient être en mesure de s’exonérer des codes éthiques, imputables au justiciable et au contribuable « moyen ».

  Des exemples ? Ils sont légion : quand le Parlement, emmené par son président actuel, freine d’impératives réformes territoriales ou une loi sur la transparence des élus pour défendre des intérêts corporatistes, lorsque des ministres, de gauche comme de droite, mettent des semaines voire des mois à démissionner alors que de graves soupçons pèsent sur leur probité, cela ne peut qu’aboutir au sentiment d’impunité ou d’exceptionnalité revendiqué haut et fort par un ancien président : un épiphénomène dans une marée d’incivilités. Corrupteur, le centralisme excessif du système politique français n’est pas seul en cause : la « République exemplaire »  requiert avant tout un état d’esprit nourri de l’esprit d’État.

2 réflexions au sujet de « République exemplaire : état d’esprit et esprit d’État »

  1. Mais une « pression psychologique et physique » est-elle pour autant « illégitime »?

    Sacrée question qui me fait penser à la métaphore de la poupée (d’après Manciaux, lui-même d’après Anthony) : une poupée tombée ou jetée au sol se brise différemment selon 3 paramètres, le matériau dont elle est faite (porcelaine, chiffon…), la force du jet (chute, projection violente…), la nature du sol (sable, moquette, ciment…). Disons qu’ici les dégâts dépendront de la nature de la pression (environnement, contexte, méthodes utilisées…), de son intensité (persuasion, manipulation, torture…) et de la résistance physique et psychologique de la personne. Bref, pas de règle générale.

    Quant à nos politiques -de tous bords- votre tribune n’est-elle pas là pour exercer à leur endroit une certaine… pression ?

    Bonne journée à tous

  2. Ce qui est épatant, c’est qu’au prétexte qu’un ancien président de la République y a été soumis, la garde à vue est présentée comme une voie normale d’enquête, alors qu’elle devrait être dénoncée pour ce qu’elle est : une pression illégitime, psychologique et physique, qui ne devrait être acceptée que dans des cas exceptionnels. En l’espèce, pourquoi les juges n’ont-ils pas interrogé l’ancien président d’égal à égal, dans leur cabinet d’instruction, en présence d’un greffier, aux heures ouvrables, au lieu de le retenir dans un commissariat jusqu’à une heure avancée de la nuit ? Parce que la justice française refuse l’égalité des armes, et que les magistrats n’ont aucun scrupule à user de stratagèmes tout en invoquant hypocritement la présomption d’innocence. Que les juges commencent par se montrer exemplaires, ils auront alors le droit au respect du à leurs fonctions.

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