Appel à un gouvernement d’Union nationale !

Paul Bernard
Préfet de région honoraire. Collectif République exemplaire
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     Quelle que soit la protection que l’efficace Institution de la Ve République procure à la fonction du président, et non à sa personne, l’effondrement de la confiance, pouvant jeter le peuple dans la rue, ne peut être ignoré. L’esprit de notre Constitution prévoit qu’en cours de mandat présidentiel, il était nécessaire de prendre périodiquement la mesure de la confiance démocratique. L’exigence est encore plus forte avec le quinquennat qui projette le président sur le terrain d’une majorité parlementaire fluctuante.
Dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons, reste-t-il une issue de secours pour la République ? En effet, l’impasse se bétonne chaque jour davantage. Les réformes sont de plus en plus pressantes, et l’opposition des intérêts partisans et corporatifs renforce le blocage. Les partis contribuent à s’autodétruire mutuellement. Il faut donc admettre que dans la tourmente, il appartient à la nation assemblée de reprendre les commandes à la place des professionnels des partis politiques, englués dans leur appétit d’un pouvoir devenu inopérant.
C’est alors l’heure de la dernière chance, celle d’un gouvernement d’Union nationale. Une fausse idée répandue laisse croire que la France ne serait pas disposée à cette expérience. Or quelques rappels des pires circonstances de l’Histoire montrent que le salut du pays n’a pu être trouvé que dans l’effort de rassemblement et de réconciliation au service de l’intérêt public.  La paix civile a été obtenue par Henri IV entre catholiques et protestants, par Napoléon entre la révolution, la monarchie, et l’Église, par la IIIe République autour de grandes lois, par de Gaulle appelant les partis politiques au rétablissement de l’État en 1946 et en 1958.
En fait de quoi s’agit-il ? L’exemple allemand a démontré l’efficacité de la Grande Alliance des partis politiques, c’est-à-dire l’association plus ou moins agglomérée des deux tendances dominantes. Le bipartisme peut d’ailleurs y trouver une honorable opportunité, à condition de dépasser la querelle des chefs.
Une autre formule, plus honnête moralement et civiquement, consiste à associer, dans l’équipe d’un nouveau gouvernement de salut public, des personnalités irréprochables, et non des partis, acceptant de rompre les liens avec leur formation, ayant ainsi retrouvé leur libre arbitre et consentant à laisser de côté leurs engagements partisans pour faire vivre une réelle solidarité de gouvernement au seul service de la nation, sur un programme de priorités essentielles en vue d’un sauvetage collectif. Une telle solution peut répondre à une crise exceptionnelle de confiance, à condition d’en respecter l’esprit et d’en fixer les limites, pour une durée de trois à cinq ans, le temps nécessaire pour sortir le pays de l’ornière.
La gravité de la situation politique actuelle offre peu d’échappatoires. L’Union nationale présente des avantages qui méritent considération. Elle peut mettre les imposteurs partisans à l’abri provisoire de la colère du peuple. Elle constitue également le dernier rempart contre les solutions extrémistes à risque dans lesquelles les citoyens seront tentés de s’engouffrer pour rejeter les politiciens des partis. Enfin un tel gouvernement dévoué à la nation peut détourner la dernière solution d’une situation dramatique, c’est-à-dire la guerre civile dans la rue que la France a malheureusement connue en plusieurs circonstances pour sortir des grandes crises nationale.
Il appartient au président de la République de prendre l’initiative de ce gouvernement d’Union nationale, en prenant appui soit sur un référendum soit sur une dissolution. Un tel choix appelle l’écoute des citoyens, l’humilité des gouvernants et l’amour de la France.

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