Il faut ! Il est urgent ! Il est grand temps ! Il est impératif ! On ne peut plus attendre !

L’humeur de Louis Tenel*
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Leitmotif répété à l’envi, nos « érudits», soi-disant ceux qui savent tout mieux que les autres, on les appelle aussi des « experts » – nous serinent à longueur d’antenne leurs quatre vérités. Si on ne fait pas comme ils disent, c’est la cata assurée. Le drôle, c’est qu’ils sont tous d’avis contraires. Mais ça ne les gênent pas. La télé, les radios et les journaux se les arrachent. L’important, c’est d’occuper l’espace. Peu importe les fadaises et bêtises qu’ils déversent. De toute façon, personne ne les écoute. Heureusement ! On lit ou on entend : « Il faut – tout de suite ; sans attendre ; impérativement ; … – faire ceci ou cela. Il est urgent de décider comme ça. Il est grand temps de se réveiller ; prendre conscience ; réaliser ; se pénétrer … que tout va mal.

On me donne un exemple d’une telle outrecuidance (c’est Pépito, mon fils qui fait des études, qui me dit que c’est le mot qui convient à ce que je veux dire. Je ne le connaissais pas, mais on apprend tous les jours). Il s’agit d’un certain ministre des Finances et des Comptes publics qui  étale son égo démesuré dans un article paru dans un journal du soir. Il s’appelle Sapin. Ça doit être Noël tous les jours pour lui ! Ministre des comptes publics, je ne vois pas pourquoi je le paie pour faire ça. Moi je compte toute seule mes sous, et c’est vite fait ! J’ai pas besoin qu’on le fasse pour moi. J’ai entendu à la tv qu’un peu respectable de ses confrères ne comptait rien du tout. Pas d’impôts. Pas de loyer. Le Paradis sur terre ! Donc, dans l’article de l’idoine, j’ai compté 6 fois le mot « vérité » et 7 fois le mot « volonté » dans ce qu’il écrit, le drôle.  Démarche de totale veulerie à l’égard de son Président. Et il en rajoute encore : « Il y a urgence à agir », clame l’obscur. « L’Europe doit agir » ! Mais bon sang, elle ne le savait donc pas ! Et avec la France, c’est gagné. Point final de l’irréelle envolée : « C’est la clef de notre réussite ! » Vite, un bon serrurier !

Pépito a un ami qui a fait des études. Erwann, il s’appelle. Il travaille dans le cabinet d’un ministre. Pas dans un WC comme nous avons, vous et moi. Non, le cabinet d’un ministre, c’est là où s’activent ceux qui pensent pour le ministre. Les conseillers, comme ils s’appellent, écrivent tout ce que lit leur patron quand il va inaugurer les chrysanthèmes, comme on dit. L’autre jour, le dit ministre appelle Erwann pour lui dire quelque chose d’important. Il faut, dit la sommité, que vous citiez au moins une fois par page le nom du Président. Le reste est sans importance. Écrivez ce que vous voulez. Mais une fois par page, n’oubliez pas. C’est impératif ! Je vérifie. Le ministre des comptes ci-dessus a bien flagorné le Président. Ouf pour lui, il va rester !
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*L’auteur reprend les propos échangés avec Mame Michalon, plus lettrée qu’illettrée, mais gardienne de l’immeuble voisin, qui refait le monde avec ses collègues avec qui elle papote … quand elle n’est pas dans l’escalier !

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