La femme qui mangeait sa terre, ou La Terre sacrée et La Terre nourricière

Louis Tenel

Une femme de Picardie se penche, ramasse de la poussière, et la porte à la bouche. Elle fait passer cet or terrestre de droite à gauche. Puis de gauche à droite. Elle savoure le nectar. Respire amplement pour bien s’imprégner de l’offrande. C’est sa terre. Celle qui l’a vue naître. Celle sur laquelle elle travaille. Celle qui la nourrit. Qui lui accorde ses joies et ses peines.

En bref, cette terre est pour elle sa propre essence. Son origine du monde. Son unité et son tout. Le sacré fait matière. Qu’on n’y touche pas. Si des désaxés, mus par quelques outrances inconscientes, venaient y médire, que la foudre du ciel les réduise à néant. Si cela venait à tarder, au besoin, elle presserait le pas.

Convenons que ce fait, d’apparence anecdotique, est d’un grand enseignement. On y trouve la matière, cette matrice du vivant. Puis cette exceptionnelle relation établie entre elle, et ce qu’elle a engendré, c’est-à-dire l’honorable personne. Cette relation se fait par l’osmose entre les deux, qui se manifeste dans le palais. La terre, d’où vient l’humain, nourrit cet être avec sa propre substance originelle, celle qui l’a créé. Le cycle infini du retour à ses origines.

Ce fait réel explique bien des choses. L’intolérable douleur des gens déracinés. Comme ces oiseaux qui volent jusqu’à mourir, quand ils ne retrouvent plus leur nid dans l’arbre abattu par des sauvages, civilisés ou moins. Le sol, c’est important. C’est le mariage sacré de l’homme et de sa terre. On ne doit pas le traiter à la légère. En être dépositaire, c’est un honneur suprême, que seuls ceux qui sont prêts à lui sacrifier leur vie, peuvent en être les occupants.

Hors la terre qui nous a vus naître, notre terre sacrée, une terre d’une autre nature vaut aussi tout l’or du monde, notre terre nourricière. De plus en plus, le travail est ailleurs de la première. Et sans elle, pas de salut ! Vénérons-la au plus haut de l’estime. Cette terre d’adoption fait lien entre l’adoptant et l’adopté, la patrie nourricière et le nouvel entrant.

Que les impératifs qui gouvernent la terre nourricière soient pour eux des lois d’airain, et que pour toutes choses, ils s’y conforment. La règle doit être sans faille et universelle. À défaut, le contrat est rompu, et les frontières s’ouvrent à eux pour leur retour. Attention aux légèretés de ceux qui s’agitent comme au cirque sur le sujet,  davantage mus par de naïves prétentions à gouverner le monde sans rien y connaître, qu’à en pénétrer la substance. On y introduit artificiellement des notions religieuses, comme ce dirigeant d’un État du Proche-Orient qui ose prétendre que les Français de son obédience ont « un pays, le sien » ! Cette obscénité lui aurait valu la guerre en d’autres temps… Ou bien que des venants du sud exigent de reproduire chez nous leurs us et coutumes.

Français de l’Histoire, pour l’être toujours, attention aux prédateurs qui attendent que tu baisses la garde, pour manger tes enfants !

Une réflexion au sujet de « La femme qui mangeait sa terre, ou La Terre sacrée et La Terre nourricière »

  1. Très belle métaphore pour rappeler l’essence-même de la vie et de ce dont nos raisonnements et nos décisions devraient être imprégnés. Pourquoi ne pas le rappeler par une mise en bouche constituée de terre lors de tous ces sommets et autres réunions dont dépendent nos sorts et celui de millions de personnes et autres éléments vivants ?
    Merci pour ce billet d’humeur plein de bon sens.
    Isabelle Ganon

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