Funestes népotismes !

Michel Le Net*

« La droite s’indigne de la reconduction de Bartolone », titre un grand quotidien  à la suite de la scandaleuse réaffectation du député  battu  à la tête de l’Assemblée nationale.  Erreur d’écriture ! Nous aurions mieux aimé « La France s’indigne… » de la bien triste opération, qui sur cet exemple bafoue les règles les plus élémentaires de notre démocratie à la dérive ! Qui plus est, dans cette enceinte des vertus démocratiques, nombre de députés l’acclament pour lui manifester leur satisfaction à la suite de son extraordinaire « performance » !

Il fut un temps où les élus qui retournaient au feu du suffrage populaire savaient qu’un échec les priverait de tout poste représentatif. Ce principe est d’une telle évidence qu’il n’est nul besoin d’une loi pour l’appliquer. Un minimum de lucidité et de vertu civique de la part des candidats devrait suffire pour qu’une mesure d’un tel bon sens s’applique d’elle-même ! Eh bien non, le pouvoir d’État nous donne le triste spectacle de la déchéance politique. Nouvelles gorges chaudes dans tous les pays du monde. Ils devraient nous subventionner,  pour nous récompenser d’alimenter leurs presses de tant de grotesques péripéties…

Vive les battus ! Et que le Panthéon ouvre grandes ses portes pour les hauts représentants de l’échec, aux élus et dirigeants rejetés pour leurs défaillances ou leur vénalité ? On en pleure !

Autre anachronisme dans le monde des parjures. Tel Président crie à tout va que le cumul des mandats est contraire aux lois du bon sens, de l’efficacité et de la justice. On applaudit, sans toutefois être naïfs. Chez les mauvais le dire n’a que faire… du faire !  Et notre prudence s’avère justifiée.  Voilà un ministre élu aux régionales en Bretagne, qui conserve son poste. Les arguments avancés, comme d’habitude, ne tiennent pas la route. On évitera de les énoncer, tant ils sont d’une infinie médiocrité…

Nouvel aspect de notre République bananière, comme la nomme les scandinaves, pour qui notre univers politique peine à entrer dans le monde des États respectés : les avantages indus accordés aux membres de sa famille du fait des fonctions occupées par l’homme de pouvoir. Les Borgia du XVe siècle, la Présidence française du XXIe siècle, mêmes outrances ! Ainsi constate-t-on que la mère des enfants du Président est au gouvernement, souvent dans son ombre, semblant attendre des jours meilleurs… L’abolition des privilèges, ça vous dit quelque chose ? Il est vrai que de nombreuses nuits ont succédé à l’originelle. Inutile d’insister. Triste état d’un bien triste État !

Voilà trois facteurs malfaisants du fonctionnement de notre République, qui n’en demande pas tant. Il s’agit de l’atteinte aux principes inaliénables d’une bonne gouvernance, du respect des fondamentaux de notre République et de celui de la parole donnée. En fait, la décence dans l’accomplissement des plus hautes fonctions du pays. Favoritisme, copinage, déni généralisé relèvent de ce népotisme putride dont on est toujours étonné qu’il survive après tant de siècles, dont l’un dit des lumières. Belle lucidité de Suétone qui, ayant étudié les mœurs de ses contemporains, conclut : « La différence entre les bons et les mauvais princes est d’ordre moral, et non constitutionnel. » (Vie des douze César)

Comme des maladies parmi les plus graves naissent d’atteintes discrètes sur l’organisme, mais répétées sur un long temps, les coups de canif insidieux à l’orthodoxie politique portent à terme les mêmes effets. Au début, on s’aplatit, mais inconsciemment la névrose s’installe. Jusqu’au moment où une thérapie collective vient évacuer ce trop plein d’inacceptables conduites emmagasinées en soi. Et ces mêmes candides, dont le job est bien de nous préparer un avenir qui tienne la route, restent les bras ballants devant d’imprévisibles et funestes évènements. Pour eux, mais pas pour nous qui les attendions ! Le comportement des hommes en vue imprègne les regardants de leur bien ou mal-faire. Et ce vécu ainsi photographié par notre cerveau se transmet génétiquement à nos descendants, nous enseignent les neurosciences.

On recherche un nouveau Pasteur pour découvrir le virus des inaptitudes politiques. Pour reprendre le chemin de la Grandeur. Gloires du Panthéon, inspirez-nous, afin d’éviter un possible entrisme pathogène sous la Coupole !

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* Haut fonctionnaire (r)
  Animateur de «république exemplaire»

  Auteur de La Communication gouvernementale, Icos Éditions.

Une réflexion au sujet de « Funestes népotismes ! »

  1. Vous avez raison sur le fonds et la manière.
    C’est évidemment gênant de voir ainsi ces « professionnels » de la politique s’accrocher à leur Job ! On dirait des contrats à vie.
    Tous sans exception, de droite comme de gauche, viennent à la gamelle comme on dit vulgairement… mais on ne peut qu’être vulgaire devant un comportement du même nom.
    Il y a bien un projet de Loi qui obligerait à arrêter de faire de la politique … au bout de 2 ou 3 mandats. Quand on a vu des Chirac ou des Hollande et tant d’autres, au sortir des écoles politiques… entrer directement dans les gouvernements et y rester toute leur vie !
    Il faudrait creuser la question et en faire l’expérience à certains niveaux pour en mesurer les avantages et les inconvénients. Par exemples avec les maires, qui occupent la fonction politique la plus aimée des « pro » et du peuple, et facilement contrôlable…
    Au boulot !
    Patrick Moulin

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