Aux Jeunes Gens

Quelques conseils de bien vivre

 Michel Le Net

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Nous avons conscience du caractère parfaitement iconoclaste du titre de ce texte. Est-il encore aujourd’hui des Jeunes Gens, tels ceux auxquels les professeurs de saine conscience  s’adressent il y a un siècle pour leur enseigner quelques préceptes de cette Morale pratique qui leur permettraient de conduire leur vie comme il convient ? Termes désuets, rejetés par ceux-là mêmes qui s’affichent adultes avant que d’avoir été jeunes. Et pour lesquels avancer des principes de vie saine, validés par cinq mille ans d’expérience par leurs « anciens », ne valent aujourd’hui guère plus que roupie de sansonnet.

Il n’empêche. La vertu comme la nature ayant horreur du vide, du moins pouvons-nous plus ou moins naïvement le penser, ouvrons-nous à cette initiative de lucidité. Comme en ces années qui précèdent la Première Guerre mondiale, où le désarroi moral est tel que nul ne songe à le contester, proposons-nous d’ouvrir à la conscience et à la raison de nos enfants certaines vérités de grands bon sens…

La vie ne s’apprend pas à l’école ou par quelques principes abstraits. Elle s’apprend par l’action et la vie même. Laissons aux politiques de rien et aux philosophes de peu ce brouillamini des mots dont il ne sort rien d’utile. On lance des idées sensées transformer le monde, alors qu’on a peine à gérer le quotidien. Ainsi la liberté, exemple de ces termes emblématiques affichés au fronton de nos établissements publics et sensés glorifier nos vertus universelles. Mais est-il plus difficile qualité à pratiquer que celle-là ? Hier encore, protégés dans leur cocon de l’enfance, nos enfants découvrent brutalement la dure réalité de la vie. Les droits omniprésents qui s’attachent à leur statut de dépendance familiale font place à des devoirs auxquels ils sont peu préparés. Lourd fardeau, qui oblige à des efforts auxquels chacun va devoir se soumettre. Cela d’autant plus depuis l’effacement de cette école du civisme égalitaire qu’était le service militaire pour tous. On y apprenait les vertus premières qui, dans le prolongement de cette initiation au combat, servent dans toutes les circonstances de la vie : l’habitude de l’effort ; le courage ; la patience ; l’égalité ; la solidarité devant l’obstacle ; aussi l’amour du sol qui nous a reçus, la mémoire et le respect dû à nos pères. Nous ressentions l’âme de la nation, quelle que soit l’interprétation que chacun peut lui donner. Mais on s’entend, héritiers de son passé parfois tourmenté, elle est nôtre et sacrée. L’aimant comme une mère, nous devons la servir, pour que demain elle soit encore plus vénérable. Notre devoir citoyen est omniprésent. La loi est le fondement de toute civilisation qui perdure. Son respect est le point commun à la survie des espèces vivantes, de toutes natures. En aucun moment, à aucun endroit, l’état social d’un État est le meilleur. Il doit évoluer suivant l’aspiration permanente à faire toujours mieux. Mais bien sûr, dans le respect de la loi présente.

Une réflexion pratique sur notre vie intérieure est un autre aspect de l’éducation passée qui gagnerait à revivre. Les druides nous ont précédés au-delà de la mémoire, supérieurs en nous en de multiples domaines. Ils situaient la tolérance au panthéon des vertus. Ainsi en est-il du sentiment religieux, qui relève de dogmes divers et d’applications spécifiques. Notre devoir à cet égard, confirmé par des millénaires d’expériences et la quasi-unanimité des penseurs de bon sens, nous porte à ne pas blesser un homme dans sa foi, souvent la valeur la plus profonde qu’il porte en lui-même et qui peut le conduire jusqu’au sacrifice suprême. Pour les adeptes à ces interprétations de l’au-delà, le monde sans l’idée d’un Dieu n’est qu’un désert stérile, où la seule raison au sein de laquelle toute chaleur humaine est absente est un non-sens. Ainsi, lors d’un dîner chez Voltaire, la marquise du Châtelet s’étonne que les parlementaires britanniques tolèrent une si grande absurdité que la religion chrétienne. Elle s’entend répondre par le comte de Chesterfield qu’ils n’ont rien trouvé de mieux à y substituer… La croyance devient un guide de vie, au besoin jusqu’à celui du sacrifice. Turenne, illustre maréchal des rois de France au XVIIe siècle, constatait que le courage de ses soldats était amplifié par leur engagement religieux. Plus proche de nous, combien d’Hommes d’État n’ont-ils pas appelé leurs troupes au combat pour la victoire de leur « sainte » patrie ! Bien sûr, et nous nous comprenons, cette liberté individuelle s’accorde avec la neutralité de l’État vis-à-vis de ces engagements. La loi du nombre n’éteint pas la foi personnelle, elle la limite dans ses empiètements éventuels dans l’ordre régalien.

Personne n’échappe aux éternelles questions existentielles qui se posent à lui un jour ou l’autre : d’où viens-je ? où vais-je ?… Une vie exemplaire n’oblige pas à s’interroger à l’infini sur les réponses à leur apporter. Cependant une quête intérieure généreusement engagée est recommandée pour s’y approcher, comme le recommandait Socrate pour qui la vérité absolue est en nous-mêmes, et ne demande qu’à être révélée. Faire effort chaque jour pour repousser l’ignorance permet d’approcher du Graal, symbole de la plénitude de la connaissance. Alors la pensée s’élève au-dessus du médiocre, quitte cette philosophie d’antichambre comme l’appelaient nos anciens professeurs d’éthique, pour approcher ce culte désintéressé, mais au combien enrichissant, des valeurs supérieures. Il reste à s’interroger sur les aspects louables de notre conception d’une vie saine. Notre existence, celle du règne vivant, est commandée par la solidarité qui doit nous unir. Sans elle, nous disparaissons. Vœu pieu, pouvons-nous penser à la lecture du quotidien qui nous abreuve du contraire. Guerres, massacres et autres turpitudes engendrés par la mauvaiseté qui nous imprègne ont le champ libre si on laisse la bride sur le cou à notre naturel délétère. Agir, maître mot ! Combien de nos seniors en pleine force de l’âge baissent les bras alors qu’ils sont encore pleinement productifs, porteurs de cette sagesse rare qu’a façonnée une vie de labeur. Peut-être leur manque-t-il ce tire-sève qui appelle à l’action en permanence. Mais n’est-ce pas là une certaine forme de devoir pour ceux à qui la déesse Hygie a accordé le privilège de la santé…

Pour refuser l’erreur ou la médiocrité, il faut mettre toute idée nouvelle à l’épreuve du doute. Ne pas être esclave des habitudes et des préjugés. S’ouvrir à la créativité dont l’absence est un mal qui tue surement. « La mort n’est qu’une défaillance de la volonté de vivre ! » avance Goethe, qui applique principalement sa sentence aux peuples fatigués. En bref, conseille le sage aux jeunes gens qui veulent s’inscrire dans la trace de ceux qui ont fait le bien, seules les hautes idées façonnent les volontés. Traversez virilement l’existence, avec ce plus de gaité et d’ailé qui signe l’éternelle  jeunesse. Un brin d’éblouissement devant le beau et le vrai qui n’attendent que d’être reconnus comme tels. On appelle cela le feu sacré. Car rester jeune, écrit un philosophe du siècle denier : « c’est avoir le sérieux vivifié par l’enthousiasme, la gravité embellie par la poésie, la solidité du caractère embaumée par la fraicheur des sentiments ; c’est garder la croyance au bien avec la volonté du mieux, c’est mettre toute son énergie d’homme au service du rêve de Beauté et d’Amour qui manque rarement d’éclore dans une âme de vingt ans. »

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