Éviter la tentation, ou appliquer le concept de probité passive

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Éviter la tentation, ou appliquer le concept de probité passive

LES ECHOS-LE CERCLE. par Michel Le Net* – L’affaire Cahuzac qui a embrasé le microcosme français ne lui valait pas tant d’honneur ! Rien que du banal ! Cela a été. Cela sera. Du moins tant qu’un minimum de mesures de bons sens ne seront pas mises en œuvre.

Une bonne référence en matière d’efficacité civique est celui de la sécurité routière. Voilà le parfait exemple qui devrait inspirer nos parlementaires. Pas ceux plus préoccupés par les bordures de trottoir de leur cité que par le bienfait étatique. Cumul des mandats oblige ! Non, les seuls qui s’attachent totalement à notre mieux vivre.

Les Anglo-saxons, au sens pratique reconnu, constatent il y a un demi siècle qu’il n’y a pas de meilleure solution pour diminuer les accidents que d’empêcher les circulants de les commettre. À cette époque, avec le record du monde des morts sur la route, nos édiles se contentent d’affirmer que la solution est de répéter que ce n’est pas bien de mal conduire…

Jusqu’au jour où un Premier ministre de grande conscience, Pierre Messmer, impulse la vérité. Nous sommes ce que nous sommes, avec nos forces et nos faiblesses, faites d’égoïsme et de veulerie. La démocratie montre que seule la loi peut en corriger les excès, au moindre mal pour les citoyens. Donc on oblige  nos concitoyens à s’empêcher de commettre le crime. La ceinture bouclée, les vitesses maximales et le casque porté deviennent la loi. Reste son application. Difficile courage exigé des élus. Mais l’expérience montre que lorsqu’il se manifeste, alors bravo ! C’est ainsi que l’on est passé en 40 ans de 17 000 à 4 000 morts sur nos routes. CQFD.

La transposition au cas qui nous occupe va de soi. L’homme est comme vous et moi, ni mieux, ni plus mal. Produit de son héritage génétique et de son acquis. Comme pour chacun d’entre nous, des circonstances aléatoires conduisent à l’honneur ou l’opprobre. « La vertu n’est pas un don de nature », nous rappelle Platon (Ménon).

L’enseignement de la sécurité routière est bien là pour conseiller. Il s’agit d’empêcher l’élu, malgré lui, de pécher. C’est-à-dire, l’encadrer par des contraintes simples et incontournables de s’adonner à autre chose qu’à l’intérêt public. Le principe de sécurité passive propre aux conducteurs devient celui de probité passive attaché aux élus.

Des innombrables couches de « toujours plus » chères à François de Closets, qui composent l’indigeste sandwich constitutionnel qu’aujourd’hui les Français ne peuvent plus digérer, deux ou trois réformes de bon sens remettraient du baume au cœur de nos concitoyens.  

Ainsi, funeste privilège s’il en est, on supprime le cumul des mandats, sommet de l’iceberg des intolérances politiciennes. On a cependant pu lire avec curiosité que des enseignants du plus haut niveau s’étaient adressés au sommet de l’État pour en recommander les attributs. Grand Dieu, faites que nos enfants ne les approchent jamais !

Puis on limite la reconduction des mandats parlementaires, suivant le principe présidentiel : au pire, on redouble.

Enfin, on pénalise au plus fort la délinquance verbale, support de toutes les outrances et dénégations bien connues. Les Étasuniens, mettent le mensonge au pinacle de la trahison démocratique. S’appuyant sur l’idée avérée qu’« Il n’y a rien de plus profitable qu’un mensonge » (Tirso de Molina, El celoso prudente, XVI e s.), et lucides disciples de Saint Simon, ils estiment qu’une idée sans exécution est un songe… On en connait les conséquences jusqu’au sommet de l’État !

Nous revenons ainsi au souhait de De Gaulle espérant un système dans lequel des hommes doués se consacreraient exclusivement aux affaires publiques, mais « qui permettrait à ses cotés un monde dans lequel les Français pourraient se livrer tout leur saoul à ce démon de râlerie qui les agite, se donner à cœur joie à leurs penchants ancestraux, invective, exclusive,  jactance, calomnie et même, si nécessaire, l’infamie. »(1)

Ainsi donc, arrêtons de hurler avec les loups contre la victime expiatoire du moment, dans une surenchère indigne de délires verbaux La justice est saisie. Laissons-là à ses œuvres. Il nous semble que notre humanité dérape vers une anhumanité, où la tolérance et le pardon nous ont quittés. Nelson Mandela, inspire-nous ! Comme d’autres « affaires » récentes ont révélé des anomalies propres à la gouvernance de notre République, songeons plus courageusement à en effacer les marques pathogènes. Sans outrance, avec sérénité. En respectant la pensée de chacun, suivant le concept de Marc Aurèle : « Poussons en commun, sans nécessairement penser en commun. » !

(1) En écoutant de Gaulle, Claude Guy

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