L’affaiblissement de la justice conduit à l’Etat de non-droit, puis à celui de forces criminelles

Roland Sanviti, avocat à la Cour

Président de Justice et Démocratie

Tandis qu’il n’est question que de l’État islamique, il est un État dont l’émergence a insidieusement échappé à la vigilance des citoyens, c’est l’État de non-droit. La disparition de la souveraineté des États a rendu les citoyens orphelins laissant la place à d’autres souverainetés, chacune puisant sa source dans sa propre Loi : tribale, féodale, mafieuse, qui use de l’arme universelle qu’est devenu l’argent. Cet argent impose sa volonté, permet d’acheter des consciences, des femmes et des hommes qui deviennent à son service, le plus souvent à sa merci.

L’État et le Droit, dont la justice est le bras armé, sont consubstantiels, l’un n’existe pas sans l’autre puisqu’ils supposent la juste qualification des actes et des faits et leur juste sanction. C’est pourquoi la clef de voûte de toute démocratie repose sur la justice. Elle seule permet la traduction de la morale et de la norme en jugements et sanctions.

Priver tout homme de la possibilité de distinguer le bien du mal, de ne pas s’interroger sur la légitimité du pouvoir, sur la provenance de cet argent qui le divise et qui l’opprime a toujours été le dessein de tous ceux qui aspirent à bâtir leur pouvoir par le crime et la corruption. La seconde partie du XXe siècle a révélé l’existence d’institutions pendant longtemps invisibles, d’organisations criminelles qui favorisent un nouveau capitalisme de cette nature. Ces nouvelles puissances imposent leur volonté et leurs règles afin de favoriser la conquête des pays dont ils entendent s’approprier les richesses, notamment sous la forme de la prise de contrôle des fleurons de leur économie.

Le simple fait que la commission européenne ait introduit dans le calcul du PIB le trafic de la drogue et la prostitution, puis que l’ONU constate son échec dans la guerre de la drogue, confirme la mainmise d’un capitalisme criminel qui constitue le pire des dangers pour la démocratie, et par conséquent pour la sécurité des personnes et des biens. La prochaine étape de cette conquête consiste à disqualifier toute forme de criminalité économique et financière, à légaliser la corruption, c’est-à-dire à soumettre le citoyen à la volonté d’un pouvoir financier lui-même passé sous le contrôle de la criminalité organisée.

Confronté à ces périls dont le terrorisme, l’insécurité, le chômage et les crises économiques sont les manifestations les plus spectaculaires, le citoyen est dorénavant placé devant un choix. Soit combattre pour promouvoir la démocratie qui suppose le respect de la loi et de la règle de droit, et par conséquent l’existence d’un État fort. Soit abdiquer toute liberté et accepter peu à peu le statut d’esclave auquel sont soumis les hommes et les femmes qui vivent dans les régions du monde où règnent de façon plus ou moins ostensibles ces organisations criminelles.

Cette évolution devenue inexorable par la seule volonté de ce pouvoir financier criminel  rappelle que l’institution judiciaire est le bouclier et le fer de lance de la démocratie, en charge  de faire respecter ce pacte social, puisqu’à défaut, c’est le système mafieux qui dicte sa loi.

60 ans serait-il l’âge de la bonne gouvernance ?

Michel Le Net

Nous sommes blessés par ces jeunes hommes et femmes du gouvernement qui n’en finissent pas de déverser leur trop plein d’énergie dans la calomnie, la vindicte  et  la malfaisance, le tout avec et un non-sens des réalités de la vie qui fait frémir. On se dit qu’il faudrait tempérer leur ardeur. La rediriger vers de meilleurs sentiments, et une compétence bien en défaut. À cette fin, une solution ferait l’affaire.

Il s’agirait d’assortir aux quarante ans, par exemple, un coresponsable blanchi sous le harnais, dont la présence serait le gage de décisions réfléchies. Cette précaution éviterait que la fougue de la jeunesse ignore l’enseignement des siècles passés en matière de comportement des hommes, face aux décisions qui les touchent au plus près.

L’idée s’appuie sur la prodigieuse faculté qu’ont certains des nôtres de s’épanouir avec l’âge. Comme l’ont découvert les neuroscientifiques leurs neurones en permanence générés, sont manifestement boostés vers le sublime !

Ainsi, en consultant les bibliothèques, on apprend que dans les arts, l’encore jeune Wagner compose Parsifal à 70 ans. Haendel écrit les Oratorios à un âge à peine plus avancé. Verdi produit Falstaff  quand il atteint l’octogénie. Goya, le Titien et Michel-Ange peignent leurs plus belles œuvres avant et après 80 ans. Goethe termine Faust à 83 ans. Et que dire d’Homère qui écrit l’Odyssée plus qu’octogénaire, et aveugle, du moins le dit-on !

En politique, de bons dirigeants gouvernent à ces âges. Churchill quitte les affaires à 81 ans. De Gaulle à 79 ans. Adenauer à 87 ans. Nelson Mandela sème la paix en Afrique et au-delà, par son Conseil des sages (Global Elders) à 89 ans !

En économie, on peut mettre en avant la figure de proue de la discipline au XXe siècle, J.-K. Galbraith, qui décède dans ses œuvres, à… 97 ans, après avoir « bien » conseillé moult présidents américains, qui ne suivirent d’ailleurs pas particulièrement ses avis. Ainsi, comme le Général, était-il contre la guerre du Viêt-Nam, sous Kennedy. Victoire du jeune âge contre l’âge avancé. Celle de l’erreur sur le bon sens.

En bref, cette litanie de grands hommes toujours à la tâche au-delà de l’habituel, montre que des cerveaux de qualité s’enrichissent de connaissances, d’expériences et donc de raison au fil du temps. Il faut en tirer partie.

Le projet consiste à adjoindre de tels sages aux écervelés aux jeunes années qui s’agitent en permanence dans toutes les directions et leurs contraires. Le Parlement et le gouvernement, pour faire bref, sont un gisement considérable de tels excités. L’écran au quotidien nous montre à l’envie les caprices de ces drôles qui rêvent d’un système où leur réélection serait permanente, et permettrait l’accès au plus vite au faîte du pouvoir. Le bien commun n’est manifestement pas leur priorité.

On fait donc appel au peuple des sages, aptes à parrainer les jeunes espoirs qui nous gouverneront. Aux premiers la prudence de l’âge. Aux seconds la capacité de déplacer les montagnes. On imagine une parité 40/80 ans. On sélectionne évidemment les meilleurs de la dernière tranche, ceux de la veine des exceptionnels cités plus haut. Ce faisant, on allie le dynamisme et l’expérience. On dégraisse le mammouth administratif de la charge accumulée depuis des lustres. On pousse vers l’innovation et le progrès. Mais, dans le même temps, on évite les emballements inconsidérés tels qu’on les a connus ces dernières années, où des décisions sont prises en dépit du bon sens. On évite incidents et guerres, quand trop souvent les drones, missiles et autres excellences de notre capacité à tuer, servent de solutions faciles à nos politiques vite dépassés par les évènements du monde.

Au final, proposons que nos aux hauts dirigeants, d’une heureuse jeunesse, soient parrainés par des anciens reconnus pour leur brio et leur sagesse passée dans les affaires. On construit une nouvelle parité, ou un binôme si l’on préfère,  après celui des hommes/femmes retenu lors des dernières élections locales. En bref, un jeune de 40 ans, allié à un sage de 80 ans, équivaudrait à un excellent sexagénaire. Et si on essayait ?

Djihadisme et déchéance de nationalité. Les faces cachées du pulsionnel.

 

Jean-Luc Vannier

Psychanalyste – Chargé de cours à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, à l’Edhec et l’Ipag

 Toute pédagogie se nourrit de répétitions. Même les plus tragiques, les plus insoutenables. Dans une précédente réflexion sur les mécanismes psychiques du djihadisme[i], nous nous efforcions de montrer combien les futurs terroristes trouvaient dans la voie de la radicalisation et dans l’accomplissement de l’acte criminel un support inconscient afin d’étayer, de contenir et de suturer leur chaos pulsionnel. Nous maintenons d’autant plus cette argumentation que le patron de l’UCLAT, l’Unité de coordination dans la lutte anti-terroriste, vient de nous administrer à ce sujet une salutaire piqure de rappel : « l’action kamikaze relève de la psychiatrie » explique Loïc Garnier.

 Les derniers attentats ou tentatives d’actions terroristes, hélas, ne nous contrediront pas : qu’avons-nous appris au fil des enquêtes et des fuites dans la presse ? Qu’un des terroristes du Bataclan recourait fréquemment à l’usage de substances psycho-actives. Qu’un autre semblait souffrir de pathologies mentales. Plus récemment à Valence, n’avons-nous pas perçu les difficultés de l’autorité judiciaire à qualifier l’agresseur qui voulait « renverser mais pas tuer » (sic) des militaires ? D’un côté, selon le procureur, des « interrogations sur sa santé mentale » et « des motivations inexplicables », d’un autre, « des images de propagande djihadiste mais rien sur l’appartenance à un réseau quelconque ». Ces éléments que le procureur oppose dans une approche strictement juridique, la psychanalyse nous invite à les conjoindre. Quant à l’attaque du commissariat du quartier de la Goutte-d’Or, une source proche de l’enquête ne formule-t-elle pas la même aporie en affirmant : « une ceinture d’explosif factice, ces cris, cette allégeance dans la poche, ce sont des signes qui peuvent le raccorder à un réseau [terroriste], mais en même temps cela peut être des signes de déséquilibre ».

 Dissocier actes terroristes et déséquilibre mental est un déni des évidences psychiques car le conflit réside au cœur du pulsionnel. Une assertion étayée par des exemples identiques : les drames de Dijon et de Nantes où, en décembre 2014, des chauffards foncèrent dans la foule. À Dijon, l’auteur du forfait précisait même aux enquêteurs : « Pour me donner du courage, j’ai crié « Allahou Akbar » pour annihiler tout esprit critique ». À Nantes, le taux élevé d’alcoolémie du conducteur révélait un moyen plus qu’une fin.

 Admettre la dimension psychique et inconsciente du terrorisme implique par surcroît la nécessité de renoncer aux typologies et autres catégorisations élaborées par l’homme et destinées à le rassurer. Certains ne prétendent-ils pas quantifier la souffrance et mesurer le bien-être ? Freud l’énonçait déjà en 1923 : un accroissement du sentiment de culpabilité inconscient peut faire d’un être humain un criminel lequel trouve un « soulagement de pouvoir rattacher ce sentiment de culpabilité inconscient à quelque chose de réel et d’actuel[ii] ». Nous pressentons bien les résistances à intégrer la mystérieuse trajectoire de ce parcours : une genèse énigmatique, quasi indéchiffrable et un aboutissement à l’exact opposé, marqué du double sceau de la réalité et de l’horreur. Comment un « adolescent de 15 ans peut-il vouloir tuer » s’interrogeait le professeur et victime de l’agression à Marseille ? Faut-il seulement « rationnaliser » l’antisémitisme, comme l’un de nos étudiants à l’Université de Nice « se débarrassant sans le lire » d’un document de cours au motif que celui-ci est envoyé sous la forme d’une chronique podcastée sur la radio de la communauté juive locale ? Invalidation intellectuelle du contenu en raison du papier d’emballage.

 Illustrons par une bribe de clinique notre propos sur ce sentiment de culpabilité qui « existe avant l’acte et qui n’est donc pas la conséquence mais le mobile de celui-ci »: comment interpréter en consultation les paroles d’un jeune homme dont la confession musulmane ne s’accompagne d’aucun signe d’intolérance, encore moins d’extrémisme : « j’aimerais laisser une trace historique dans mon entourage… je veux qu’il se souvienne de moi comme de quelqu’un qui s’est toujours battu pour réussir ». Ne décelons-nous pas la morbidité d’un sujet culpabilisé, une mise en accusation mélancolique de soi-même ? Pesanteur d’une dette psychique vis-à-vis « d’un père né dans l’Atlas marocain » et que seule corrigerait la production d’un exploit : la réussite sociale ou la mort.  Souhaitons que le chemin de ce jeune, en recherche d’une autorité pour pouvoir s’y soumettre, ne croise jamais sur « l’internet » quelque habile prêcheur clandestin lui promettant la perversité d’une transformation de l’impuissance en une illusion de superpuissance : « la religion des handicapés psychiques » écrit sans détour le psychanalyste Erich Fromm[iii].

 Les faces cachées du pulsionnel se retrouvent, en miroir, dans la mesure annoncée de déchéance de nationalité visant certains terroristes. La surenchère constitutionnelle ne risque-t-elle d’amoindrir, voire de nier justement la portée symbolique revendiquée par le pouvoir politique ? Ce « symbolique », rappelons-le, tient sa puissance de ce qui se conçoit et s’applique au-delà de toute armature textuelle : à l’image, par exemple, de la prohibition de l’inceste où le législateur éprouve le plus grand embarras à cerner la notion, ne parvenant qu’à punir, à la marge, ses incertitudes ou ses défaillances[iv]. En appeler à la Constitution nous semble une échappatoire vers une instance idéale, insoupçonnable de partialité et réfutant l’asymétrie fondamentale chez l’être humain : « C’est qu’il faut une punition même si elle n’atteint pas le coupable » explique Freud[v]. Qu’ont-ils donc, ces responsables politiques de droite comme de gauche, à se faire eux aussi pardonner ? D’avoir réussi, pour plagier Vilfredo Pareto, à transformer la République pour tous en un « cimetière d’aristocraties » ?

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[i] Jean-Luc Vannier, Dans la tête d’un djihadiste, Analyse du parcours psychique des terroristes, Causeur, 25 novembre 2014, http://www.causeur.fr/dans-la-tete-dun-djihadiste-30339.html

[ii] Sigmund Freud, « Le moi et le ça », Œuvres complètes, XVI, 1921-1923, PUF, 2003, p. 295.

[iii] Erich Fromm, La passion de détruire, Anatomie de la destructivité humaine, Editions Robert Laffont, Coll. « Réponses », 2001, p. 303.

[iv] Jean-Luc Vannier, « Maltraitance et crimes contre les enfants : entre inceste et sexualité infantile », La criminalité aujourd’hui, Le Carnet Psy, n° 192, novembre 2015, https://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2015-7-page-45.htm .

[v] « Le moi et le ça », op. cit., p. 288.

Funestes népotismes !

Michel Le Net*

« La droite s’indigne de la reconduction de Bartolone », titre un grand quotidien  à la suite de la scandaleuse réaffectation du député  battu  à la tête de l’Assemblée nationale.  Erreur d’écriture ! Nous aurions mieux aimé « La France s’indigne… » de la bien triste opération, qui sur cet exemple bafoue les règles les plus élémentaires de notre démocratie à la dérive ! Qui plus est, dans cette enceinte des vertus démocratiques, nombre de députés l’acclament pour lui manifester leur satisfaction à la suite de son extraordinaire « performance » !

Il fut un temps où les élus qui retournaient au feu du suffrage populaire savaient qu’un échec les priverait de tout poste représentatif. Ce principe est d’une telle évidence qu’il n’est nul besoin d’une loi pour l’appliquer. Un minimum de lucidité et de vertu civique de la part des candidats devrait suffire pour qu’une mesure d’un tel bon sens s’applique d’elle-même ! Eh bien non, le pouvoir d’État nous donne le triste spectacle de la déchéance politique. Nouvelles gorges chaudes dans tous les pays du monde. Ils devraient nous subventionner,  pour nous récompenser d’alimenter leurs presses de tant de grotesques péripéties…

Vive les battus ! Et que le Panthéon ouvre grandes ses portes pour les hauts représentants de l’échec, aux élus et dirigeants rejetés pour leurs défaillances ou leur vénalité ? On en pleure !

Autre anachronisme dans le monde des parjures. Tel Président crie à tout va que le cumul des mandats est contraire aux lois du bon sens, de l’efficacité et de la justice. On applaudit, sans toutefois être naïfs. Chez les mauvais le dire n’a que faire… du faire !  Et notre prudence s’avère justifiée.  Voilà un ministre élu aux régionales en Bretagne, qui conserve son poste. Les arguments avancés, comme d’habitude, ne tiennent pas la route. On évitera de les énoncer, tant ils sont d’une infinie médiocrité…

Nouvel aspect de notre République bananière, comme la nomme les scandinaves, pour qui notre univers politique peine à entrer dans le monde des États respectés : les avantages indus accordés aux membres de sa famille du fait des fonctions occupées par l’homme de pouvoir. Les Borgia du XVe siècle, la Présidence française du XXIe siècle, mêmes outrances ! Ainsi constate-t-on que la mère des enfants du Président est au gouvernement, souvent dans son ombre, semblant attendre des jours meilleurs… L’abolition des privilèges, ça vous dit quelque chose ? Il est vrai que de nombreuses nuits ont succédé à l’originelle. Inutile d’insister. Triste état d’un bien triste État !

Voilà trois facteurs malfaisants du fonctionnement de notre République, qui n’en demande pas tant. Il s’agit de l’atteinte aux principes inaliénables d’une bonne gouvernance, du respect des fondamentaux de notre République et de celui de la parole donnée. En fait, la décence dans l’accomplissement des plus hautes fonctions du pays. Favoritisme, copinage, déni généralisé relèvent de ce népotisme putride dont on est toujours étonné qu’il survive après tant de siècles, dont l’un dit des lumières. Belle lucidité de Suétone qui, ayant étudié les mœurs de ses contemporains, conclut : « La différence entre les bons et les mauvais princes est d’ordre moral, et non constitutionnel. » (Vie des douze César)

Comme des maladies parmi les plus graves naissent d’atteintes discrètes sur l’organisme, mais répétées sur un long temps, les coups de canif insidieux à l’orthodoxie politique portent à terme les mêmes effets. Au début, on s’aplatit, mais inconsciemment la névrose s’installe. Jusqu’au moment où une thérapie collective vient évacuer ce trop plein d’inacceptables conduites emmagasinées en soi. Et ces mêmes candides, dont le job est bien de nous préparer un avenir qui tienne la route, restent les bras ballants devant d’imprévisibles et funestes évènements. Pour eux, mais pas pour nous qui les attendions ! Le comportement des hommes en vue imprègne les regardants de leur bien ou mal-faire. Et ce vécu ainsi photographié par notre cerveau se transmet génétiquement à nos descendants, nous enseignent les neurosciences.

On recherche un nouveau Pasteur pour découvrir le virus des inaptitudes politiques. Pour reprendre le chemin de la Grandeur. Gloires du Panthéon, inspirez-nous, afin d’éviter un possible entrisme pathogène sous la Coupole !

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* Haut fonctionnaire (r)
  Animateur de «république exemplaire»

  Auteur de La Communication gouvernementale, Icos Éditions.

La Surnatalité, avant le Réchauffemnt climatique

Michel Le Net

Chaud la terre ! 195 pays vont envoyer chez nous des êtres pensants en décembre prochain, pour limiter à 2°C le réchauffement de la planète !

Sus aux mille généreuses idées qui vont fuser de toutes parts, pour relever le défi… En attendant la Conférence suivante aux mêmes objectifs. Parce qu’il est une mesure « en amont » de celles couramment énoncées beaucoup plus performante, mais dont on entend peu parler parce que parfaitement iconoclaste, bien que parfaitement sensée :  la surnatalité mondiale !

Les mesures qui vont être annoncées ne sont pas la cause, mais plutôt la conséquence directe de trop de vous-même et de moi-même sur terre. Lesquels n’ont qu’un objectif : vivre aussi bien que celui qui vit le mieux sur la planète !

Des annonces nous préviennent que, de ce fait, nous courrons allègrement vers le mur de notre trépas rapproché. Le déluge d’informations stressantes que nous déversent les médias chaque jour nous confortent sur le sujet. Guerres et immigration sont une des conséquences de la recherche du mieux-vivre-ailleurs. Sombre injustice ! Et moi, et moi, et moi ?

Des augures patentés nous prédisent qu’il faudrait 3 terres nourricières pour alimenter chaque habitant de la planète, comme le sont les plus riches. On acceptera peut-être de moins circuler en avion et en voiture. Mais il n’est nulle part à l’ordre du jour d’une prochaine Conférence mondiale de réfréner nos ardeurs au lit.

D’autres experts, comme on dit, estiment que dans deux générations – c’est vite venu, il s’agit des enfants de nos enfants –, l’Afrique aura plus de 4 milliards de bouches à nourrir, pour 1 « seul » aujourd’hui. Dans le même temps, notre Europe et la Chine auront réduit leurs terriens (600 millions chez nous, pour 700 maintenant ; et 1 milliard pour 1,4 aujourd’hui dans l’Empire du Milieu). Avouons que le polygame kenyan qui vient de s’éteindre à 94 ans après s’être marié 130 fois et engendré 300 héritiers n’est plus le modèle à suivre.

Si l’on partage ce raisonnement de bon sens, l’évidence est criante : trop d’humains est suicidaire ! Les animaux nous le prouvent dans des conditions semblables. Christian de Duve, Prix Nobel de médecine, et ses confrères éclairés, sont d’une totale clairvoyance sur le sujet. « L’ampleur de la population humaine soulève un problème pressant », écrit-il* « L’augmentation de leur nombre (cent millions par an) est en passe de devenir intolérable. Tous nos efforts doivent tendre à limiter cette expansion le plus rapidement possible. Sinon, la sélection naturelle le fera pour nous, avec des conséquences dramatiques dont des signes prémonitoires apparaissent dans différentes parties du Globe : famines ; épidémies ; conflits ; génocides ; attentas terroristes ; hostilité envers les immigrants ; déshumanisation planétaire… ». On peut y ajouter l’épuisement des ressources alimentaires, telle la diminution récente de moitié des poissons par la surpêche. Il faut bien nourrir tous ces gens là ! En bref, la première des actions à engager est d’aller vers une maitrise mondiale des naissances. « Sans capote, on capote ! », dit la sagesse populaire.

Seulement, cette vérité suprême n’est nullement d’actualité pour les décideurs politiques du plus haut niveau de la planète.  Le sujet les dépasse. Il est au-delà du plafond d’incompétence qui borne leur lucidité ! Comme l’ivrogne ne recherche ses clefs que sous le lampadaire, le politique ne s’intéresse qu’à la face éclairée du monde. En attendant que des cerveaux « augmentés » ne viennent dépasser le niveau de celui des décideurs du moment…

Imaginons des élites en puissance de décision chargées de la question. Profonde analyse du sujet. Évaluation des conséquences de différents scénarios d’application pratique (Le contrôle des naissances en Chine est riche d’enseignements).  Stratégie de persuasion sociale étalée sur un long temps. Mais surtout l’immense courage (l’utopie, pour certains) de se pencher sur ce pouvoir suprême qu’à chacun d’entre nous, ce pouvoir de commander librement sa descendance !

Et pourtant la raison commande aujourd’hui de se saisir de la question. Qui relèvera ce défi d’intelligence ? Cette maitrise, par nous-mêmes, de notre survie ?

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* Dans À l’écoute du vivant, Odile Jacob, 2002.

La Surnatalité, avant le Réchauffement climatique

Michel Le Net

Chaud la terre ! 195 pays vont envoyer chez nous des êtres pensants en décembre prochain, pour limiter à 2°C le réchauffement de la planète !

Sus aux mille généreuses idées qui vont fuser de toutes parts, pour relever le défi… En attendant la Conférence suivante aux mêmes objectifs. Parce qu’il est une mesure « en amont » de celles couramment énoncées beaucoup plus performante, mais dont on entend peu parler parce que parfaitement iconoclaste, bien que parfaitement sensée :  la surnatalité mondiale !

Les mesures qui vont être annoncées ne sont pas la cause, mais plutôt la conséquence directe de trop de vous-même et de moi-même sur terre. Lesquels n’ont qu’un objectif : vivre aussi bien que celui qui vit le mieux sur la planète !

Des annonces nous préviennent que, de ce fait, nous courrons allègrement vers le mur de notre trépas rapproché. Le déluge d’informations stressantes que nous déversent les médias chaque jour nous confortent sur le sujet. Guerres et immigration sont une des conséquences de la recherche du mieux-vivre-ailleurs. Sombre injustice ! Et moi, et moi, et moi ?

Des augures patentés nous prédisent qu’il faudrait 3 terres nourricières pour alimenter chaque habitant de la planète, comme le sont les plus riches. On acceptera peut-être de moins circuler en avion et en voiture. Mais il n’est nulle part à l’ordre du jour d’une prochaine Conférence mondiale de réfréner nos ardeurs au lit.

D’autres experts, comme on dit, estiment que dans deux générations – c’est vite venu, il s’agit des enfants de nos enfants –, l’Afrique aura plus de 4 milliards de bouches à nourrir, pour 1 « seul » aujourd’hui. Dans le même temps, notre Europe et la Chine auront réduit leurs terriens (600 millions chez nous, pour 700 maintenant ; et 1 milliard pour 1,4 aujourd’hui dans l’Empire du Milieu). Avouons que le polygame kenyan qui vient de s’éteindre à 94 ans après s’être marié 130 fois et engendré 300 héritiers n’est plus le modèle à suivre.

Si l’on partage ce raisonnement de bon sens, l’évidence est criante : trop d’humains est suicidaire ! Les animaux nous le prouvent dans des conditions semblables. Christian de Duve, Prix Nobel de médecine, et ses confrères éclairés, sont d’une totale clairvoyance sur le sujet. « L’ampleur de la population humaine soulève un problème pressant », écrit-il* « L’augmentation de leur nombre (cent millions par an) est en passe de devenir intolérable. Tous nos efforts doivent tendre à limiter cette expansion le plus rapidement possible. Sinon, la sélection naturelle le fera pour nous, avec des conséquences dramatiques dont des signes prémonitoires apparaissent dans différentes parties du Globe : famines ; épidémies ; conflits ; génocides ; attentas terroristes ; hostilité envers les immigrants ; déshumanisation planétaire… ». On peut y ajouter l’épuisement des ressources alimentaires, telle la diminution récente de moitié des poissons par la surpêche. Il faut bien nourrir tous ces gens là ! En bref, la première des actions à engager est d’aller vers une maitrise mondiale des naissances. « Sans capote, on capote ! », dit la sagesse populaire.

Seulement, cette vérité suprême n’est nullement d’actualité pour les décideurs politiques du plus haut niveau de la planète.  Le sujet les dépasse. Il est au-delà du plafond d’incompétence qui borne leur lucidité ! Comme l’ivrogne ne recherche ses clefs que sous le lampadaire, le politique ne s’intéresse qu’à la face éclairée du monde. En attendant que des cerveaux « augmentés » ne viennent dépasser le niveau de celui des décideurs du moment…

Imaginons des élites en puissance de décision chargées de la question. Profonde analyse du sujet. Évaluation des conséquences de différents scénarios d’application pratique (Le contrôle des naissances en Chine est riche d’enseignements).  Stratégie de persuasion sociale étalée sur un long temps. Mais surtout l’immense courage (l’utopie, pour certains) de se pencher sur ce pouvoir suprême qu’à chacun d’entre nous, ce pouvoir de commander librement sa descendance !

Et pourtant la raison commande aujourd’hui de se saisir de la question. Qui relèvera ce défi d’intelligence ? Cette maitrise, par nous-mêmes, de notre survie ?

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* Dans À l’écoute du vivant, Odile Jacob, 2002.

Pour une Charte d’Etat et un Défenseur des devoirs chargés de prévenir et condamner les déviances politiques !

Michel Le Net

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L’affaire ne méritait pas tant d’émoi. Cependant le vol à Berlin du Premier ministre a conduit à l’hystérie médiatique que l’on sait. Tant d’échos pour cela ne révèle-t-il pas une évolution bénéfique de notre République ?

On est habitués, mais rien n’y fait. Délinquances, corruptions, scandales en tous genres, condamnations et emprisonnements politiques se succèdent. Et l’on n’a pas trouvé le remède à ces indignités. Ou, plus exactement, le rejet des outrances par nos compatriotes n’a pas encore atteint le niveau d’intolérance qui conduirait à pourfendre le délinquant comme il se doit.

La recherche avancée en neurosciences, pour ne pas dire en neuroéthique, nous enseigne que le modèle sous les yeux façonne le regardant. Nous modelons notre personnalité sur celles que nous montre l’écran. Plus encore, notre descendance s’imprègne inconsciemment du malfaire que déverse l’actualité, par cette faculté cachée de notre organisme qu’est la transmission épigénétique.

Ne réagissant pas à la hauteur qu’il faudrait pour que cessent ces scandales, notre permissivité à l’égard de l’incivisme nous rend coupables de sa reconduction à venir. Ainsi alimentons-nous en toute conscience la suite des évènements qui conduisent à la répétition du désordre : scandale / hystérie médiatique / contagion émotionnelle / transmission génétique individuelle / résurgence du phénomène.

Sans doute nos élus de haut rang ne réalisent-ils pas qu’une conduite indigne génère à terme de telles déviances entretenues par notre cerveau social et ses fameux neurones miroirs.  Serait-ce une faiblesse de la formation énarquienne ? On n’ose l’imaginer, tant les conséquences du mal sont évidentes. Cette prise de conscience devrait bien être en première ligne de cette formation !

Quel remède au mal ? D’abord une volonté d’avancer dans la voie. Le plus difficile, bien que la tâche ne soit pas surhumaine. Mais comme Goethe, aimons ceux qui rêvent l’impossible !

Pour éviter le mal, on commence par une Charte d’État qui traite du bon comportement des élus et dirigeants politiques.  Comme le proclame Louis-Philippe en 1830 « Elle sera la vérité ! » Sans s’intéresser aux détails du projet, le texte énonce les interdits majeurs (népotisme, abus de pouvoirs, …) que l’opinion publique voue aux gémonies.

Pour les intéressés pour qui les vertus républicaines sont étrangères à leur quotidien, un Défenseur des devoirs instruit des déviances médiatiquement révélées. Ce curateur est saisi – ou se saisit lui-même – des comportements inéthiques (L’actuel Défenseur des droits procède ainsi, et ses préoccupations sont assez proches). On peut aussi imaginer un collectif de sages ayant cette responsabilité, dans l’esprit du Conseil des Global Elders créé par Nelson Mandela.

Si l’on veut contrer cette anormalité politique, ensemble, exigions-le. L’on ne fait de grandes choses que si, tous ensembles réunis, nous sommes aussi Grands. Les changements profonds qui ont marqué notre Histoire l’ont été parce que les peuples réunis en ont compris le sens, et l’ont voulu.

Souhaitons-nous être conduits par de hommes de qualité ? Levons le doute. Des solutions existent. Sinon ces désordres de la pensée et des actes continueront jusqu’à leur rejet vomitif un prochain jour !

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Fins de vies : l’échec de notre humanité

                                                     Michel Le Net                                                               

Rappelons-nous ! Au pays de notre enfance, comme on dit, on vivait trois ou quatre générations ensemble. Un peu tassés. Mais les petits derniers sont une joie de vivre pour les ancêtres. Ça les rajeunit (les ancêtres !). Les vieux rapportent leur histoire de vie. On apprend d’où l’on vient. Ça sécurise.
Les années les ont instruits. Ils ont du recul sur le faire ou le pas faire. Ils connaissent mille choses, qu’ils distillent petit à petit, à ceux qui veulent bien les écouter. Pas nombreux, d’ailleurs. Les jeunes n’ont rien à faire des discours d’un autre âge. Ils ne savent pas encore qu’ils paieront un jour le prix de ne pas avoir écouté la sagesse. Ainsi va le monde. Et pourtant, « Tout âge porte ses fruits, il faut savoir les cueillir. » (R. Radiguet, Le Bal du comte d’Orgel)

Le nôtre doit être corrigé. Tout le monde en a conscience. Mais personne n’a l’élan pour changer la donne. Aux jeunes, la joie de vivre « béate ». Aux autres, le malheur de vivre « technique ». Aux premiers, les aises à n’en plus finir. Tout, sauf les emmerdes. Le confort douillet. L’optimum du sans-souci. Demain n’est pas leur horizon. Et ce qu’ils imposent à leurs géniteurs le sera ainsi pour eux. Une case dans un cube. Toujours en vie ? Drôle d’idée ! Est-ce que ça en vaut bien la peine ?
Oui, mais quoi faire ? Le plafond d’incompétence qui limite nos décideurs offre surtout des solutions techniques à nos problèmes humains. Sans y introduire, à la hauteur du défi, le « plus affectif » qui éviterait le cimetière des éléphants. Et pourtant, là où on le veut, on fait mieux !
Ainsi, aux Pays-Bas*, des villages adaptés hébergent des malades d’Alzheimer qui s’y déplacent en grande liberté. Superette, bistrot, coiffeur et autres petits services sont à la disposition des résidents. On implique chacun au mieux dans les tâches quotidiennes. Le fer à repasser passe de mains en mains. L’éplucheur de la pomme à la poire. Le plumeau, du bibelot, qui vaut pour son propriétaire le plus beau des Van Gogh, à l’étagère des romans préférés.
Les personnels soignants sont multitâches. Ils aiment. Les occupants s’épanouissent. Ils y vivent plus longtemps et en meilleure santé. Qui plus est, ça ne coûte pas plus cher que de faire moins bien. Les prix sont parmi les plus bas du « marché ». Les familles sont ravies, sans la mauvaise conscience des enfants qui ressentent le malaise des ingrats.

Et pourtant, cette idée d’un profond bon sens est vieille comme le monde. Une génération plus tôt, les ministres de la santé étaient saisis du concept d’«égalité sociale »**, terme qui recouvre la simple notion, pour les personnes défavorisées, de vivre comme tout le monde ! Où en est-on ? Il suffit de regarder autour de soi… On connait les réactions des non-pensants ou des mal-pensants au pouvoir ! Aucun de leurs contre-arguments ne tient la route. Mais on n’avance pas. Ou si peu !

Le jour où l’on prendra conscience de cette inhumanité, on réagira. Et ça se fera. Et les petits des petits qui auront remplacé la compassion technique par un brin d’amour filial se demanderont comment, il n’y a pas si longtemps, leurs drôles de parents étaient si durs envers ceux qui les ont vus naître.

C’est bien ça, le progrès !
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*Cf. « Une vie presque ordinaire », par Pascale Krémer, dans Le Monde du 15 novembre 2013.
**Cf. « Inclure les exclus. Du concept d’égalité sociale à l’évaluation de l’action sociale », par l’auteur, Revue française des Affaires sociales, janvier 1984.

Des Primaires déprimantes aux Primaires performantes

Michel Le Net
République exemplaire
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Les Primaires existent, on les a rencontrées ! Sans du tout répondre à l’attente des démocrates dans le sang, pour lesquels la procédure de choix du Président ne doit pas être le résultat d’une alchimie propre aux Partis, reconnaissons l’initiative du PS, il  y a trois ans, à faire par cela « bouger les lignes ». Mais aujourd’hui, la machinerie mise en place par les formations ne semble guère être plus satisfaisante que celle qui a prévalu au drôle de choix devant lequel les électeurs se sont trouvés en 2012, où le vote s’est fait par opposition au candidat sortant, quelque soit son vis-à-vis.

Pour sortir de l’ornière où s’embourbent les Partis, une solution plus démocratique serait que ces formations proposent plusieurs candidats aux électeurs de France. Chacun d’eux aurait un même temps pour développer son plaidoyer : formation ; compétences ; expériences. Il serait bien que  les concurrents soient interrogés pour y répondre, plutôt que d’étaler  eux-mêmes leurs propres qualités supposées. Qu’ils expriment leurs principes de vie. Qu’ils prouvent leur fidélité à leurs engagements vertueux, par leurs attitudes lors de difficiles circonstances. Mais qu’ils évitent de s’engager sur des choix à venir. Trop de naïvetés à cet endroit ont ridiculisé les stupides paris sur l’après ! Nous partageons l’avis de Platon dans ses Lois : « Jamais aucun ne fait aucune loi ; les vicissitudes et les calamités de toute nature décident de nos législations. » Que leurs comportements individuels soient exemplaires, pour le moins. Combien de points de PIB a-t-on perdu à cause des excentricités des précédent et actuel impétrants !

Pour parfaire l’opération, et éviter que les noms avancés ne soient que les purs produits de la machine politicienne, les citoyens lucides pourraient avancer des profils qui ont montré, au cours du temps, leurs capacités à bien gouverner. Curieusement, ces tempéraments, reconnus dans l’hexagone comme à l’international, n’apparaissent jamais à ce titre, comme des brillants qui posent moins d’anxiété pour leurs propriétaires à demeurer cachés dans des coffres, plutôt qu’à resplendir en pleine lumière !

Enfin, il reste que cette procédure écarte des candidats possibles hors Partis. Statistiquement, il est certain qu’ailleurs, de bons postulants existent. Seulement, l’expérience montre qu’ils ne peuvent apparaître qu’en cas de dysfonctionnements graves de nos sociétés. Les Clémenceau, de Gaulle, Churchill ont été des perce-neige. La solution est-elle là ? La Constitution prévoit une telle ouverture, mais tombe elle-même dans le piège qu’elle dénonce, en exigeant cinq cents parrainages auprès d’élus que, par principe, ces hommes récusent… D’autres possibilités existent, mais elles sortent aujourd’hui du champ de lucidité des gouvernants.

Sur ces points, nous avons interrogé les hauts responsables des principaux Partis, préconisant cette ouverture des Primaires. J.-C. Cambadelis, Premier secrétaire du PS, rappelle que le Parti est à l’origine du processus en cours. Il serait heureux que les autres formations apportent leur propre valeur ajoutée à la démarche. Ainsi pourrions-nous passer des Primaires délirantes à des Primaires performantes !

Appel à un gouvernement d’Union nationale !

Paul Bernard
Préfet de région honoraire. Collectif République exemplaire
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     Quelle que soit la protection que l’efficace Institution de la Ve République procure à la fonction du président, et non à sa personne, l’effondrement de la confiance, pouvant jeter le peuple dans la rue, ne peut être ignoré. L’esprit de notre Constitution prévoit qu’en cours de mandat présidentiel, il était nécessaire de prendre périodiquement la mesure de la confiance démocratique. L’exigence est encore plus forte avec le quinquennat qui projette le président sur le terrain d’une majorité parlementaire fluctuante.
Dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons, reste-t-il une issue de secours pour la République ? En effet, l’impasse se bétonne chaque jour davantage. Les réformes sont de plus en plus pressantes, et l’opposition des intérêts partisans et corporatifs renforce le blocage. Les partis contribuent à s’autodétruire mutuellement. Il faut donc admettre que dans la tourmente, il appartient à la nation assemblée de reprendre les commandes à la place des professionnels des partis politiques, englués dans leur appétit d’un pouvoir devenu inopérant.
C’est alors l’heure de la dernière chance, celle d’un gouvernement d’Union nationale. Une fausse idée répandue laisse croire que la France ne serait pas disposée à cette expérience. Or quelques rappels des pires circonstances de l’Histoire montrent que le salut du pays n’a pu être trouvé que dans l’effort de rassemblement et de réconciliation au service de l’intérêt public.  La paix civile a été obtenue par Henri IV entre catholiques et protestants, par Napoléon entre la révolution, la monarchie, et l’Église, par la IIIe République autour de grandes lois, par de Gaulle appelant les partis politiques au rétablissement de l’État en 1946 et en 1958.
En fait de quoi s’agit-il ? L’exemple allemand a démontré l’efficacité de la Grande Alliance des partis politiques, c’est-à-dire l’association plus ou moins agglomérée des deux tendances dominantes. Le bipartisme peut d’ailleurs y trouver une honorable opportunité, à condition de dépasser la querelle des chefs.
Une autre formule, plus honnête moralement et civiquement, consiste à associer, dans l’équipe d’un nouveau gouvernement de salut public, des personnalités irréprochables, et non des partis, acceptant de rompre les liens avec leur formation, ayant ainsi retrouvé leur libre arbitre et consentant à laisser de côté leurs engagements partisans pour faire vivre une réelle solidarité de gouvernement au seul service de la nation, sur un programme de priorités essentielles en vue d’un sauvetage collectif. Une telle solution peut répondre à une crise exceptionnelle de confiance, à condition d’en respecter l’esprit et d’en fixer les limites, pour une durée de trois à cinq ans, le temps nécessaire pour sortir le pays de l’ornière.
La gravité de la situation politique actuelle offre peu d’échappatoires. L’Union nationale présente des avantages qui méritent considération. Elle peut mettre les imposteurs partisans à l’abri provisoire de la colère du peuple. Elle constitue également le dernier rempart contre les solutions extrémistes à risque dans lesquelles les citoyens seront tentés de s’engouffrer pour rejeter les politiciens des partis. Enfin un tel gouvernement dévoué à la nation peut détourner la dernière solution d’une situation dramatique, c’est-à-dire la guerre civile dans la rue que la France a malheureusement connue en plusieurs circonstances pour sortir des grandes crises nationale.
Il appartient au président de la République de prendre l’initiative de ce gouvernement d’Union nationale, en prenant appui soit sur un référendum soit sur une dissolution. Un tel choix appelle l’écoute des citoyens, l’humilité des gouvernants et l’amour de la France.